Au Burkina Faso, la dégradation de la situation sécuritaire s’intensifie

Rappel du contexte

La situation sécuritaire du pays se dégrade de manière croissante depuis 2015, avec une forte accentuation depuis le début de l’année 2019, et cela bien que le Président ait déclaré l’état d’urgence dans 14 provinces depuis le 1er janvier dernier. Trois groupes terroristes principaux sont particulièrement actifs dans les régions du Nord et de l’Est, qui échappent au pouvoir central : l’État Islamique au Grand Sahara (EIGS), le Groupe de Soutien à l’Islam et aux Musulmans (GSIM) et Ansar Al Islam. Ces groupes forment ponctuellement des alliances de circonstance, entre eux ainsi qu’avec les multiples groupuscules existants dans le pays [1].

Dans le Nord et l’Est, la situation de non-droit offre également un terreau fertile à la prolifération des milices d’auto-défense qui, sous couvert de protéger les populations locales, contribuent grandement à aggraver les conflits intercommunautaires, notamment entre Peuhls nomades et agriculteurs sédentaires.

Multiplication des attaques meurtrières depuis le mois d’août dernier

Le 19 Août, l’attaque d’une base militaire située à Koutougou (Nord, province du Soum) et faisant 24 morts s’est révélée être l’attaque djihadiste la plus meurtrière jamais commise contre l’armée burkinabé [2]. Quelques jours plus tard, le 30 août, un détachement militaire basé à Tongomael (Nord, province du Soum) a également été attaqué, faisant un mort et 5 blessés [3]. Le 12 septembre, une attaque simultanée visant deux détachements militaires à Baraboulé et Nassoumbou (Sahel) a entraîné la mort de deux autres militaires et fait 5 blessés. Enfin, le 16 septembre, 29 personnes civils ont trouvé la mort dans deux attaques djihadistes simultanée, l’une sur l’axe routier Dablo-Delbo (Sahel), l’autre sur l’axe routier Barsalogho-Guendbila (Centre Nord) [4].

Ces dernières attaques sont survenues à un moment crucial, alors que le Burkina Faso abritait le 14 septembre à Ouagadougou le Sommet extraordinaire de la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), regroupant la plupart des responsables ouest-africains. A l’issue de ce sommet, la CEDEAO a décidé de se doter d’un plan d’action d’un milliard de dollars pour la période 2020-2024 afin d’améliorer la lutte contre le terrorisme [5].

Des attaques visant principalement les symboles de l’État

La majorité des attaques recensées -pas seulement depuis le mois d’août, mais depuis plusieurs mois- prennent pour cibles des symboles de l’État, plutôt que des civils : militaires, douaniers, membres des Forces de défense et de sécurité (FDS), autorités locales et coutumières, etc. Par-là, les membres de groupes djihadistes tentent d’obtenir la sympathie d’une partie de la population locale, se présentant par leurs actes terroristes, narratifs et discours de propagande comme des justiciers venant à l’aide d’un peuple délaissé par son État central et prétendument instrumentalisé par les puissances étrangères (principalement occidentales).

Des forces de défense et de sécurité burkinabé démunies et incapables d’enrayer les attaques

Le manque de moyens, d’équipements, de formations et d’effectifs au sein de l’armée et des forces de défense et de sécurité est indéniable. Ces dernières ne sont pas capables de répondre à la menace terroriste de manière autonome. De plus en plus pris pour cibles par les terroristes, les membres de l’armée et des FDS sont démoralisés, démotivés et minés par la peur, au point que certains refusent de patrouiller ou désertent. A titre d’exemple, le 14 septembre, les forces de police de la ville de Djibo (Nord, province du Soum) ont déserté le commissariat central et la ville, dénonçant le manque d’équipement adéquat pour lutter contre le terrorisme (armes inadaptées dans des zones de guerre) [6].

En réponse, le 15 septembre, le ministère burkinabè de la Défense a lancé une campagne de « recrutement exceptionnel » de 500 militaires sur l’ensemble du territoire pour renforcer les rangs de l’armée nationale [7]. Il reste à voir si ces nouvelles recrues bénéficieront d’une formation initiale de qualité, sans quoi ce recrutement n’aurait que peu d’effets.

 

[1] The Conversation, « Comment s’explique la prolifération des groupes extrémistes au Burkina Faso ? », 05/09/2019

[2] RFI, « Burkina : 24 militaires tués dans une attaque d’envergure », 20/08/2019

[3] Jeune Afrique, « Attaque contre un détachement militaire dans le Nord », 31/08/2019

[4] Jeune Afrique, « Burkina Faso : au moins 29 morts dans deux attaques dans le Nord », 09/09/2019

[5] LAGNEAU Laurent, « Les dirigeants des États de l’Afrique de l’Ouest adoptent un plan d’un milliard de dollars contre le terrorisme », 15/09/2019

[6] Le Faso.net, « Djibo : la police plie bagages, la population s’interroge », 15/09/2019

[7] LAGNEAU Laurent, « Les forces armées du Burkina Faso vont lancer un recrutement exceptionnel », Zone militaire, 28/08/2019

 

Rédaction: Emilie MOUSSET, Junior Analyst