Le Burkina Faso sera-t-il le prochain terrain d’expansion de la menace djihadiste en Afrique de l’Ouest ?

Abstract

A l’occasion de l’une de ses missions, CORPGUARD a effectué un audit de sûreté pour une entreprise basée à Ouagadougou au Burkina Faso. La mission visait à faire une analyse de l’activité et de ses risques spécifiques ainsi que des menaces potentielles, identifier les failles de sécurité existantes et de proposer des préconisations adéquates afin d’y pallier. La protection des sites à l’étranger, y compris dans les zones sensibles, va de pair avec la protection des salariés locaux. Suite à cette mission, CORPGUARD vous propose un retour sur la situation sécuritaire actuelle au Burkina Faso.

 

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Depuis quatre ans, le Burkina Faso est confronté à des attaques djihadistes meurtrières et des affrontements communautaires, qui aggravent la situation sécuritaire sur l’ensemble du territoire. Plus de 200 attentats ont été recensés dans le pays depuis 2016. À partir de décembre 2018, plusieurs actes terroristes de grande ampleur ont eu lieu dans le pays, notamment l’enlèvement et la mort d’un ressortissant canadien employé d’une société minière[1] ainsi que l’enlèvement de deux travailleurs humanitaires. Depuis le 1er janvier 2019, l’état d’urgence a été décrété dans quatorze provinces du Burkina Faso.[2]

 

Suite à la multiplication des attaques djihadistes sur son sol, le gouvernement burkinabè démissionne le 18 janvier 2019. Malgré la nomination d’un nouveau gouvernement, les attaques continuent. Le 28 janvier, quatre soldats ont été tués près de la frontière avec le Mali au lendemain d’une attaque ayant coûté la vie à 10 civils.[3] Selon l’International Crisis Group, la dégradation de la situation sécuritaire au Burkina Faso est en partie liée à la détérioration de la sécurité depuis les soulèvements qui ont destitué le président Blaise Compaoré en 2014. Durant son mandat, il aurait conclu des accords avec les groupes djihadistes pour les empêcher de s’en prendre au Burkina.[4] Le départ de Compaoré signifie la fin des trêves. D’autres facteurs comme le manque de capacités militaires, de personnels de sécurité formés ainsi qu’un taux de pauvreté chronique, créent un terreau favorable à l’essor de groupes terroristes.

 

Des formations à l’instar du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM) et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS) ont traversés la frontière malienne et se sont implantés dans le pays et contribuent à instaurer un climat d’instabilité et de terreur. Plus récemment, entre le dimanche 31 mars et mardi 2 avril 2019, soixante-deux personnes ont été tuées lors d’attaques djihadistes et d’affrontements intercommunautaires dans le nord du Burkina Faso, près de la commune d’Arbinda. Selon le ministre de l’Administration territoriale Siméon Sawadogo : « Nous avons 32 morts du fait des terroristes (…) Trente qui sont décédés du fait des conflits communautaires, des représailles entre [communautés] Kouroumba, Peuls, Mossis, etc. ».[5] Au Burkina Faso, comme au Mali, les tensions dégénèrent en violences entre les Peuls, traditionnellement éleveurs, souvent nomades et musulmans et les autochtones agriculteurs. Ces incidents se sont produits quelques jours après le massacre de 160 habitants Peuls dans le village d’Ogossagou au Mali le 23 mars dernier.

 

Bakary Sambe, directeur de l’Institut Tombouctou de Dakar a déclaré que « la recrudescence de la violence semble indiquer que le Burkina Faso est le dernier obstacle que ces groupes veulent surmonter pour atteindre la côte ».[6] Pour lui, les terroristes ont « la volonté de faire du Burkina Faso un pays carrefour, un espace d’extension des zones d’intervention des groupes djihadistes ».[7] Ces attaques menacent la sécurité des pays voisins du Burkina Faso : le Bénin, le Ghana et le Togo.

 

Jusqu’alors épargnés par les violences, plusieurs attaques ont eu lieu dans la région orientale à la frontière du Bénin et du Togo, ce qui laisse craindre l’ouverture d’un nouveau front à l’Est et le déploiement de ces groupes dans les pays du golfe de Guinée. La partie nord de ces pays, pourrait devenir des zones de repli pour les djihadistes retranchés dans les zones forestières et rurales le long des frontières. Étendre leur zone d’influence au Ghana, Togo et Bénin, permettrait aux groupes djihadistes de gagner un accès à la mer et aux nouveaux circuits d’approvisionnement d’armes.[8] Le 15 février 2019, l’assassinat de quatre douaniers burkinabè et d’un prêtre espagnol revenant d’une réunion à Lomé (Togo) a renforcé les craintes.[9]

 

 

Florine Boyre, Junior Analyst

 

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[1] France 24, « Un ressortissant canadien enlevé au Burkina Faso est retrouvé mort », 17 janvier 2019, France24, en ligne :  https://www.france24.com/fr/20190117-canadien-employe-societe-miniere-enleve-burkina-faso (consulté le 04/04/2019)

[2] Sophie Douce, « Au Burkina Faso, le difficile exil des rescapés du terrorisme », 18 mars 2019, en ligne : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/03/18/au-burkina-faso-le-difficile-exil-des-rescapes-du-terrorisme_5437871_3212.html (consulté le 04/04/2019)

[3] « Nouvelle attaque meurtrière au Burkina : 4 soldats tués », 28 janvier 2019, VOA Afrique, en ligne : https://www.voaafrique.com/a/quatre-soldats-tues-lors-d-une-attaque-dans-le-nord-/4761972.html (consulté le 04/04/2019)

[4] James Blake, « Terrorism Threatens a Former Oasis of Stability in West Africa », 1 février 2019, Foreign Policy, en ligne : https://foreignpolicy.com/2019/02/01/terrorism-threatens-a-former-oasis-of-stability-in-west-africa-burkina-faso-mali-compaore/ (consulté le 04/04/2019)

[5] « Au Burkina Faso, au moins 62 morts dans l’attaque djihadiste suivie d’affrontements avec des Peuls », 4 avril 2019, Le Monde Afrique, en ligne : https://www.lemonde.fr/afrique/article/2019/04/04/au-burkina-faso-au-moins-62-morts-dans-l-attaque-djihadiste-suivie-d-affrontements-avec-des-peuls_5445455_3212.html (consulté le 04/04/2019)

[6] « Le Ghana, le Togo et le Bénin en alerte contre les menaces djihadistes », 22 mars 2019, African Daily Voice, en ligne : https://africandailyvoice.com/2019/03/22/ghana-togo-benin-alerte-contre-menaces-jihadistes/ (consulté le 04/04/2019)

[7] « Bakary Sambe : Au Burkina c’est la cohabitation des religions qui est visée par le djihadisme », 12 janvier 2018, Timbuktu Institute, African Center For Peace Studies, en ligne : https://timbuktu-institute.org/index.php/toutes-l-actualites/item/68-bakary-sambe-au-burkina-c-est-la-cohabitation-des-religions-qui-est-visee-par-le-djihadisme (consulté le 04/04/2019)

[8]« Afrique de l’Ouest : la menace djihadiste s’étend », 22 mars 2019, France TV Info, en ligne : https://www.francetvinfo.fr/monde/afrique/benin/afrique-de-l-ouest-la-menace-djihadiste-s-etend_3245021.html (consulté le 04/04/2019)

[9] « Burkina Faso : un prêtre espagnol et quatre douaniers tués dans une attaque djihadiste », 16 février 2019, Jeune Afrique, en ligne : https://www.jeuneafrique.com/736247/politique/burkina-un-pretre-espagnol-et-4-douaniers-tues-dans-une-attaque-jihadiste/ (consulté le 04/04/2019).