23 mai 2016

Polémique stérile sur le rôle des experts dans les médias : chacun sa place, chacun son rôle

Depuis quelques mois, certains journalistes dénoncent la place importante prise par les consultants en sécurité et terrorisme sur les plateaux de TV. Cette critique dont le fondement reste discutable ne serait-elle pas en fait, l’expression d’un réflexe corporatiste pour défendre un imaginaire pré-carré réservé aux seuls détenteurs de la carte de presse ?

Effectivement, à la lecture de l’article de Lucas Armati et Erwan Desplanques (Télérama – 29 mars et 11 avril 2016), ainsi que celui de Olivier Toscer du Nouvel Obs (7 mai 2016), on a le sentiment que seuls les journalistes (eux en l’occurrence) sont capables d’apporter une analyse sérieuse et une mise en perspective des événements.

Bien que marginale, cette attitude puérile ne doit cependant pas remettre en cause l’ensemble du travail réalisé par le reste de la profession, avec qui les experts collaborent régulièrement et qui représentent des témoins incontournables du quotidien sans lesquels les « sujets » resteraient sans « consistance ». Experts et journalistes doivent collaborer pour apporter aux lecteurs une analyse la plus pertinente possible.

 

En mars dernier, le magazine Télérama publiait un dossier très instructif intitulé « les Squatters de JT ». Il s’agissait pour ce journal de référence dans le monde des médias, de montrer combien les plateaux des chaines infos sont pris d’assaut par des « pseudo-spécialistes » de la sécurité, du terrorisme et de l’islamisme radical. Louable intention d’un organe de presse dont la vocation est de décrypter, entre autres, les dessous du PAF. Lucas Armati, Erwan Desplanques passent en revue les 10 consultants les plus sollicités par les médias, en y apportant leur point de vue parfois peu objectif.

Très vite le papier, qui s’appuie sur les chiffres de l’INA stat, tourne au règlement compte où chaque consultant est croqué avec un trait grossier, trempé dans une encre acide. Moniquet est un menteur, Encel est sioniste (sic), Brisard est coupable puisqu’il n’est pas universitaire (re sic), les allégations sur Thomson donnent même lieu à un droit de réponse de l’intéressé, Martinet est monsieur « baratin », etc.… en somme du grand journalisme. Dommage qu’aucun des mis en cause n’ait été contacté par l’auteur.

Rebelote dans Le TélésObs, le 7 mai, avec un article d’Olivier Toscer consacré aux « Spécialistes autoproclamés de l’islam ou de l’antiterrorisme, ancien de la DGSE, va-t-en-guerre, djihadiste repenti… ». On y apprend « la face caché » des consultants. Tantôt barbouzes, souvent affairistes, aventuriers à la petite semaine ou honorables correspondants au service de la France, ils intriguent dans l’ombre pour exister sur les plateaux et assurer la promotion de leurs sociétés de conseils. Dommage, là encore, que les intéressés n’aient pas été contactés car le « papier » de M. Toscer n’évite pas certaines approximations et imprécisions regrettables, pour ne pas dire grossières.

Tout ceci n’est pas digne de grands journalistes écrivant dans de grands médias ; surtout quand ils veulent rétablir la vérité.

Ces deux « articles » dans lesquels surnagent néanmoins quelques informations pertinentes nourrissent cependant la réflexion sur la place que doivent occuper les experts dans les médias. Malheureusement, mêlées à des anecdotes souvent invérifiables, ces révélations semblent n’avoir pour seul but que de brocarder les intéressés pour les discréditer. On apprend ainsi que le spécialiste du terrorisme Romain Caillé est fiché « S » ou que le réseau onusien de Rolland Jacquard n’existe pas… mais aussi que le sobriquet de Pierre Martinet est « le vigile » ou que Jean-Charles Brisard (traité « d’indic ») a reçu l’Ordre National du Mérite … la belle affaire.

Même si Olivier Toscer met les rieurs de son côté avec ses portraits exclusifs, son œuvre de démolition n’est qu’un prétexte pour critiquer ses confrères de France 2, BFMTV, I-télé Public Sénat, LCP, i24news… qui invitent ces consultants sur leurs plateaux (et pas lui ).

Il est urgent de rappeler ici que si l’expert est choisi et sollicité par la chaîne pour venir apporter son éclairage, il appartient bien ensuite au journaliste d’en tirer le meilleur par ses questions et sa mise en perspective des faits. Certes, l’urgence et l’exigence de l’info en continue peuvent pousser à commettre des erreurs, mais c’est bien au journaliste, ce professionnel de l’information que revient le dernier mot.

L’expert est une source que le journaliste vérifie, recoupe, analyse et interroge…à chacun son rôle, à chacun sa place.

 

La direction de Corpguard