continuum de sécurité

Le continuum de sécurité : enjeux majeurs pour une sécurité globale à la française

Depuis la publication du rapport des députés Thourot et Fauvergue en septembre 2018, nos responsables politiques, policiers et militaires parlent désormais régulièrement « d’un continuum de sécurité vers une sécurité globale ». Derrière cette tournure de phrase se cache la nécessité d’une sécurité globale en France, c’est-à-dire d’une sécurité assurée de manière continue, et en parfaite collaboration, par les acteurs du secteur public et du secteur privé.

En France, État-providence par excellence, centralisé et jacobin, les citoyens, dès qu’ils ont un besoin de sécurité se tournent par réflexe, vers la puissance publique. A l’inverse, dans les pays de culture anglo-saxonne et décentralisés, on applique plus facilement le principe de subsidiarité, principe selon lequel une autorité centrale ne peut effectuer que les tâches qui ne peuvent pas être réalisées à l’échelon inférieur. Confier certaines tâches au « privé » n’est pas un tabou pour nos amis Anglais, Américains ou Australiens.

Les récents drames et actes terroristes ayant touchés la France ont fait évoluer cette vision « étatiste » chez nos compatriotes. Ainsi, selon un sondage Ifop réalisé pour le compte de l’Union des entreprises de sécurité privée (USP) en 2018, 65% des personnes interrogées ont confiance dans les professionnels « privés » pour assurer leur sécurité.

Les contraintes budgétaires, le fait que chacun se sente potentiellement visé et les coopérations avec les pays anglo-saxons, modifient en profondeur la perception de nos dirigeants politiques.

1.  La sécurité privée, acteur incontournable pour l’État

Le 18 décembre 2018, lors de son allocution à l’occasion du colloque annuel du Club des Directeurs de Sécurité et de Sûreté des entreprises (CDSE), le Ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner, a prôné la mise en place d’un « nouvel écosystème de sécurité ». Selon lui, « l’État et les entreprises (font) face aux mêmes menaces et aux mêmes enjeux ». Pour cela, il souhaite voir la mise en place courant 2019 d’un véritable « réseau de confiance » entre les secteurs public et privé, traduisant une mobilisation réelle de l’ensemble des acteurs. Rappelant la maxime de Thucydide, « la cité tient moins de la solidité de ses fortifications que de la fermeté d’esprit de ses habitants », le Ministre de l’Intérieur affirme la nécessité d’une coopération pratique et sans discontinuité pour assurer une sécurité globale de manière optimum. Les forces publiques sont écrasées sous le poids des missions de plus en plus longues et éprouvantes. La sécurité privée a désormais sa place à leurs côtés et le continuum permettrait à l’État de s’appuyer sur ce secteur dont la fiabilité et la solidité ne pourraient en être qu’améliorées. Ce processus est « gagnant-gagnant » car il permet au secteur public de se concentrer sur ses missions régaliennes et dans le même temps, il offre au secteur privé la possibilité de progresser en qualité et en responsabilité.

Cette vision audacieuse de l’actuel Ministre de l’Intérieur s’inscrit directement dans le processus engagé par son prédécesseur, Gérard Collomb, qui envisageait dès février 2018 de confier aux entreprises de sécurité privée des missions aujourd’hui exercées par la police nationale et la gendarmerie nationale, dans le cadre d’un partenariat renforcé. Il est d’ailleurs à l’origine de la nomination de la mission parlementaire dont la tâche était notamment de réfléchir à la redéfinition de la répartition des assignements entre les 250.000 policiers et gendarmes, les 21.000 policiers municipaux et les 160.000 agents de sécurité privée.

2. Une complémentarité évidente

Le 1er rôle des agents de sécurité privée est de prendre en charge sur le territoire national, la sécurité des biens et des personnes dans les espaces privés, qu’ils soient ouverts ou non au public. Ces professionnels interviennent dans un cadre réglementaire précis et représentant une force supplémentaire à la police nationale et à la gendarmerie nationale pour garantir la sécurité sur le territoire. Pour l’ancien Ministre de l’Intérieur, il s’agissait donc de s’interroger sur la possible délégation de missions actuellement exercées par les forces de l’ordre aux agents de sécurité dans la perspective d’une meilleure complémentarité entre les deux secteurs.

Le rapport des députés Thourot et Fauvergue a proposé le 11 septembre 2018, une série de mesures pour renforcer le partenariat entre la sécurité privée et l’État. Il s’agit par exemple de mesures concernant la régulation économique et éthique de la profession comme la mise en place de formations spécifiques pour une réelle structuration du secteur. Le rapport étant composé de propositions et de pistes de réflexion ; il s’agit désormais pour le gouvernement de lancer l’étape de la concertation entre les différents acteurs concernés à Paris et au-delà de la région parisienne. Le secteur de la sécurité privée en France est centralisé dans la capitale, qui il est vrai abrite les quatre plus grandes ESSD, mais il existe aussi dans les régions des acteurs majeurs de la profession.

3. L’élargissement des acteurs de la sécurité nationale

 Le secteur de la sécurité privée représente pas moins de 1.100 entreprises dont le volume a augmenté de 26% et la valeur de 36% entre 2010 et 2018. A l’heure où la multiplicité des menaces épuise les forces de l’ordre, il semble désormais logique pour l’État de s’appuyer sur ce secteur en plein développement.

Comme l’affirme Éric Delbecque, chef du pôle intelligence économique de l’IFET « la sécurité n’est pas que du ressort de l’État » et il faut admettre « qu’il existe bel et bien une chaine de sécurité globale qui inclut de nombreux partenaires »[1].

Plusieurs points essentiels doivent cependant être résolus pour que le continuum ait une véritable efficacité opérationnelle :

  • La nécessaire élévation du niveau de recrutement des agents,
  • L’amélioration de la formation afin de faire monter en compétence les hommes et les femmes qui attendent légitimement des perspectives de carrière pour s’investir à long terme dans ce secteur d’activité,
  • Le renforcement de l’encadrement intermédiaire des agents privés dont les chaines hiérarchiques s’avèrent quasi inexistantes.

Une solution pragmatique et que l’on pourrait mettre en place immédiatement, serait de s’appuyer sur la véritable plus-value qualitative qu’apporterait les anciens militaires au monde de la sécurité privée : formation, expérience, rigueur, sens de la discipline et culture de la hiérarchie. Cette piste aurait en plus le mérite de renforcer et de pérenniser le lien armée-nation.

Il existe un frein à une telle proposition ; l’interdiction faite par le Conseil National des Activités Privées de Sécurité (CNAPS) de faire mention par un agent ou une ESDD de son appartenance passée à l’institution militaire.

Un statut particulier pourrait-il être envisagé par le législateur, comme c’est déjà le cas aux États-Unis avec le statut particulier d’entreprise de « vétérans » ?

Il s’agirait là d’un véritable avantage concurrentiel, répondant aux nécessités d’actions qualitatives et du manque de management intermédiaire entre les dirigeants des ESSD et les agents de terrains. Ce label pourrait s’inscrire dans la démarche RSE des entreprises avec un caractère social et solidaire évident.

4. La sécurité privée en pleine mutation

La transformation de l’industrie de la sécurité privée qui s’opère sous nos yeux concernant le rôle de la sécurité privée est une véritable « révolution culturelle ».

La sécurité est désormais perçue par les entreprises comme un investissement et est réclamée tant par les clients que les salariés.

La sécurité est par ailleurs considérée comme un levier de croissance et un facteur de confiance entre les entreprises et leurs parties prenantes. Elle devient même un élément central de la RSE et deviendra progressivement un avantage concurrentiel à la rentabilité avérée.

A la veille de grands évènements sportifs qui vont se dérouler en France tels que la coupe du monde de foot féminin en juin et juillet 2019 ou les Jeux Olympiques de 2024, gageons que le concept de « continuum public-privé de sécurité » aura vu le jour de manière pragmatique, ce qui permettrait de renforcer la sécurité globale de notre pays en apportant des perspectives pour le secteur de la sécurité au sens large.

David HORNUS, Dirigeant et fondateur de CORPGUARD

Notes de bas de page

[1] Delbecque, Éric, « La sécurité n’est pas que du ressort de l’État », Le Figaro.fr, 18 septembre 2018, http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2018/09/18/31001-20180918ARTFIG00136-eric-delbecque-la-securite-n-est-pas-que-du-ressort-de-l-etat.php, 4 février 2019